L'homme de Mechta el-Arbi

L'Ibéromaurusien de -22 000 à -10 000 avant notre ère.

L’Ibéromaurusien nommé n1 fait partie de la préhistoire de l'actuel Maghreb, son occupation s'étale sur toute la bande littorale du nord de l'Afrique du Sud du Maroc jusqu'au nord de la Tunisie. Il appartient à la période du Paléolithique supérieur entre - 22 000 à - 10 000 ans avant notre ère . Les abris sous roche de la Mouillah près de Maghnia en Algérie.

Nous avons retrouvés des figurines en terre cuite représentant des animaux très anciens datant d'au moins 20 200 ans avant notre ère, d'autre objet comme des traces d'utilisation de pigments d'ocre rouge ainsi que de bijoux en coquille d'œuf d'autruche attestent de l'avancé culturelle et artistique de ses hommes. De nombreuses sépultures sont connues et se trouvent souvent dans des tombeaux bâtis et érigés par ces hommes.

L'Ibéromaurusien a été précédé en Afrique du Nord  par Homo Sapiens bien sur présent dans cette région du monde depuis au moins 300 000 ans.

Les objets retrouvés de type ibéromaurusienne sont comparable aux œuvres d'hommes postérieur, l'Homme de Mechta-Afalou nommé n2. Plusieurs origines ont été proposées pour expliquer son apparition en Afrique du Nord, notamment une origine européenne via l'Espagne ou une origine proche-orientale.

Selon la théorie d'une origine proche-orientale, l'Homme de Mechta-Afalou n2 proviendrait d'un foyer commun au proche-orientd'où se seraient répartie deux branches distinctes. L'une se serait dirigée vers l' Europe, donnant l'Homme de Cro-Magnon, tandis que l'autre branchhe s'orienta vers le Maghreb, donnant l'Homme de Mechta-Afalou.

Cette théorie est fondée sur des comparaisons morphologiques entre les populations cromagnoïdes et les hommes de Mechta-Afalou, ainsi que sur la présence ancienne d'Homo sapiens au Proche-Orient des sites de Es Skhul -115 000ans et Qafzeh -92 000ans. Selon une étude génétique publiée en 2018, les Ibéromaurusiens n'ont pas reçu d'apport génétique de la péninsule ibérique et ont bien une branche communes avec certains autochtones du Maghreb.

Les restes fossiles de l’Homme de Mechta-Afalou sont très nombreux et s’élèvent à près de 500 squelettes,  une collection de fossiles humains parmi les plus importantes au monde.

Loïc Occhipenti.

 

SUITE

L’homme de Mechta el-Arbi, dernier descendant de l’Atlanthrope ?

Ch4 p. 65-75

Source : TEXTE NOTES ILLUSTRATIONS

1Avec Mechta el-Arbi, près de Chelghoum el Aïd, qui a donné son nom à un type humain, c’est encore un des hauts lieux de la préhistoire mondiale que possède le Constantinois. A cette époque, la fréquence des hommes dans le nord de l’Algérie, que traduit le nombre important de sites, oppose cette partie du pays au Sud qui, lui, paraît quasi désert.

2En 1912, A. Debruge retirait des restes humains du gisement de Mechta el-Arbi, près de Chelghoum el Aïd ; en 1928, C. Arambourg retrouvait des restes comparables dans l’abri sous roche d’Afalou bou Rhummel non loin de Bejaia. L’étude qu’en firent M. Boule, H. Vallois et R.Verneau les amena à identifier un homme « moderne », aux traits voisins de ceux des hommes de Cro-Magnon connus en France, qu’ils nommèrent « homme de Mechta el-Arbi ». On l’appelle aussi homme de Mechta-Afalou en raison du grand nombre de squelettes trouvés dans le gisement d’Afalou bou Rhummel. Depuis, les découvertes n’ont cessé de se succéder — on compte aujourd’hui plus de cinq cents individus —, donnant une connaissance très précise de cette population.

L'homme de Mechta el-Arbi

3L’homme a une stature élevée, 1,72 à 1,74 m — les femmes mesurant une dizaine de centimètres de moins —, des avant-bras et des jambes très allongés. Les mains sont longues et étroites. La tête présente une disharmonie crânio-faciale due à une face basse et large et à un crâne à voûte haute dont la forme pentagonale est très caractéristique. La capacité crânienne est élevée, d’une moyenne de 1 650 cm3. Les orbites, que surmontent des arcades sourcilières proéminentes, ont une forme rectangulaire. La mâchoire inférieure, au menton accusé, est puissante ; les gonions, angles de la mâchoire, développés, retournés vers l’extérieur, indiquent une forte musculature faciale.

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18. La tête de l’homme ibéromaurusien reconstituée par l’informatique. Les travaux de D. Hadjouis et J-N. Vignal permettent actuellement, à l’aide de méthodes numérisées établies grâce à l’orthopédie dento-maxillo-faciale, de reconstituer les visages par l’informatique avec une très grande précision (d’après Hadjouis et al. 2 000).

4Quand on imaginait l’homme de Néandertal peuplant le nord de l’Afrique à l’Atérien, on crut que les hommes de Mechta el-Arbi l’avaient envahi. Les divergences techniques entre leurs industries et celles, atériennes, qui les ont précédées, l’existence fréquente de niveaux stériles entre ces deux niveaux laissés par l’homme avaient pu conforter cette hypothèse. Les hommes ibéromaurusiens auraient déferlé jusqu’à l’océan Atlantique et ce malgré certaines incohérences dans cette progression, en particulier l’absence d’évolution des industries d’est en ouest.

5Les auteurs n’étaient toutefois pas d’accord quant à l’origine de ces populations. H. V. Valois la voyait au Proche-Orient où était reconnue une évolution de l’homme acheuléen en homme moderne, J.-L. Phillips en Orient ou dans la vallée du Nil, J. Tixier dans le nord du Soudan où l’on connaissait une population semblable. Mais ces populations sont plus récentes que celles du nord de l’Afrique, aussi, à l’inverse de cette idée d’un déplacement de populations d’est en ouest, F. Wendorf propose, lui, une origine nord-africaine aux populations du sud de l’Égypte.

6Aujourd’hui, on pense que l’homme de Mechta el-Arbi serait l’aboutissement d’une évolution d’Atlanthropus mauritanicus. On ignore quels liens peuvent l’unir à l’homme de Cro-Magnon, mais il est de plus en plus difficile de retenir l’hypothèse d’une migration à partir du Proche-Orient qui prendrait en tenaille la Méditerranée au nord et au sud, et les ressemblances entre les populations Cro-Magnon et Mechta el-Arbi sont assez nombreuses pour poser autant qu’une question de convergences, celle de migrations par l’Espagne ou plutôt l’Italie, aucune population cro-magnoïde n’étant connue dans la péninsule Ibérique.

L’Ibéromaurusien, épanouissement de l’homme de Mechta el-Arbi

7En 1899, P. Pallary découvrait dans l’abri de La Mouillah, près de Maghnia, une industrie comportant une proportion écrasante de lames courtes et étroites, dites lamelles, dont un côté a été abattu par une retouche très abrupte. En la nommant « Ibéro-maurusien », il voulait faire valoir des relations avec l’Espagne qu’il croyait y percevoir. Bien que cette dénomination se soit révélée inopportune, aucune de celles que l’on a tenté de lui substituer, comme Oranien, Mouillien n’est parvenue à supplanter celle-ci, qui a seulement perdu son trait d’union pour s’écrire « Ibéromaurusien ».

8À cette période, le débitage ne fournit que peu d’éclats ; il vise à la production de lamelles et montre, dans certains sites, une recherche de standardisation. L’outillage fait un ample usage de la retouche abrupte. Un bord des lamelles est ainsi retouché pour fournir une grande variété de formes. Contrairement à ce qui fut souvent avancé, cet ensemble industriel n’est ni pauvre, ni monotone, ni de médiocre qualité. La fréquence de certains types est caractéristique, des pièces courtes, à dos arqué, paraissant privilégiées ; E.G. Gobert, G. Camps ont fait remarquer la prédilection des Ibéromaurusiens pour la retouche de la partie la plus robuste de la lamelle, sa base. Ce sac à outils montre l’existence d’une nouvelle technique, celle du microburin, mode de cassure assez particulier qui se fait par flexion après avoir façonné une coche à l’endroit où l’on veut sectionner la lamelle ; on élimine ainsi les extrémités qui portent alors ce nom. Cela permet de produire aisément des dos courbes et des troncatures ; en retouchant la cassure, on obtient de petites pièces à double troncature, les microlithes géométriques, qui se développeront plus tard dans le Capsien. On trouve aussi dans l’Ibéromaurusien des pièces esquillées, peu épaisses, souvent petites, qui présentent des groupes de petits enlèvements écailleux plus ou moins réguliers, opposés, donnant l’aspect de bords écrasés. Tout comme pour les pièces à coches, il est difficile de savoir si cette forme résulte du travail effectué ou d’une retouche particulière. Ces pièces peuvent figurer en nombre ; ainsi dans le gisement DDC où elles sont associées à des restes osseux abondants, elles atteignent 30 %. Elles y évoquent des coins qui auraient servi à fendre les os.

9Cet outillage lithique lamellaire à retouche abrupte a longtemps occulté un gros matériel qui lui est associé. Il est vrai qu’il souligne un événement nouveau, l’emploi d’objets de petite dimension qui impliquent un support et dont on peut se demander s’ils étaient utilisés isolément ou regroupés en outils complexes.

10Le développement d’un habitat sous roche a favorisé la conservation des outils en os de cette époque, qui sont donc bien connus. Le tranchet est une pièce qui paraît caractéristique ; il n’existera plus tard que dans les sites connaissant une forte influence ibéromaurusienne et ne se répandra qu’au Néolithique.

11Cependant, malgré ces données, on saisit encore mal l’évolution de l’Ibéromaurusien. Pour certains auteurs, il aurait connu une évolution linéaire, chaque phase ayant une valeur chronologique. Pour d’autres, il y aurait eu plusieurs branches évoluant indépendamment.

12L’Ibéromaurusien fut longtemps entendu comme une culture épipaléolithique en raison de l’aspect de ses outils de pierre et de quelques indices concernant sa position stratigraphique. Les sites de Kouali et d’Oueds Kerma, proches d’Alger, avaient permis en effet de les rapporter à la fin de la régression préversilienne ou au tout début de la transgression versilienne, vers — 10 000. Cela permettait de voir dans l’Ibéromaurusien un faciès latéral d’une autre culture, le Capsien, avec lequel il semblait partager le territoire ; le Capsien aurait occupé les hautes plaines constantinoises alors que l’Ibéromaurusien n’aurait été connu que sur le littoral et en région tellienne.

13Depuis, de multiples datations situent le développement de l’Ibéromaurusien entre les XXIIe et IXe millénaires, quelques éléments ayant pu perdurer jusqu’au milieu du VIIIe. En remontant au XXIIe millénaire, l’Ibéromaurusien occupe chronologiquement la moitié terminale de ce que l’on nomme ailleurs Paléolithique supérieur ; il est nettement antérieur au Capsien, seule sa fin chevauche peut-être les débuts de celui-ci.

14Le Paléolithique supérieur se distingue du Paléolithique moyen auquel il succède par l’abandon du débitage Levallois et par l’emploi généralisé de lames - et à un degré moindre, de lamelles-, et de la retouche abrupte. En Europe, où il fut défini à partir de ses techniques et de sa position stratigraphique, le Paléolithique supérieur voit s’épanouir diverses cultures liées à l’apparition et au développement de l’homme moderne, Homo sapiens sapiens, qui s’y substitue à Homo sapiens neanderthalensis. C’est la période où le renne Rangifer guettardi occupe l’Europe occidentale, d’où le nom d’Âge du Renne qui lui a été donné par certains auteurs. Mais, alors qu’en Europe cette phase n’utilise guère la technique du microburin, se différenciant ainsi du Mésolithique qui lui succède, le Maghreb la développe déjà.

Les principaux gisements ibéromaurusiens

15Vue longtemps comme inféodée au milieu côtier, la civilisation ibéromaurusienne a occupé un territoire bien plus vaste. Elle est identifiée sur le versant sud de l’Atlas saharien. Au Maroc, de petites stations en relation avec des points d’eau se retrouvent jusqu’à 2000 m dans le Haut et le Moyen Atlas. Seule, la Tunisie orientale n’en a livré aucun, mais l’on y connaît dès le XXe millénaire des industries lamellaires qui lui sont apparentées. Et, si l’on rappelle qu’à l’époque où l’Ibéromaurusien s’est développé, le rivage du golfe de Gabès se trouvait à quelque 200 km au large, on ne peut a priori éliminer l’idée d’en trouver traces sous les eaux. Non loin de la mer, les hommes ibéromaurusiens se sont volontiers installés dans des abris sous roche ; en plein air dans ces mêmes régions on peut surtout faire état d’une traînée matérialisée par un petit nombre de pièces, plus rarement par des stations d’envergure comme celles de Rachgoun ou Courbet-marine. À l’inverse, dans les régions plus méridionales, les sites se rencontrent plutôt en plein air. Cette position de l’habitat laisse supposer la recherche d’une protection contre la rigueur du climat.

16Divers sites importants ont été retrouvés en Oranie. Le gisement princeps, l’abri sous roche de La Mouillah découvert par P. Pallary, a été fouillé par A. Barbin de 1907 à 1910. Il est dit « princeps » car c’est à partir des objets qui y furent trouvés qu’un modèle fut défini et que l’identité ibéromaurusienne s’est construite. La couche où se sont entassés les restes de l’occupation humaine est épaisse de 1,80 à 2 m. Elle est riche en lamelles à dos courbe, entières ou brisées, qui ne portent souvent qu’une retouche partielle. Les rares formes géométriques sont des segments également nommés croissants. Les fouilles ont aussi livré des pièces plus volumineuses en quartzite, quelques molettes et broyeurs dont certains étaient enduits d’ocre, des objets de parure, perles, pendeloques, des fossiles ainsi que des matières colorantes, ocre, obgiste. Parmi le matériel osseux se trouvait un andouiller de cerf. Des ossements humains réduits à l’état de débris provenaient d’une quinzaine d’individus.

17L’Abri Alain à Oran renfermait une couche de 3 m d’épaisseur, jaune dans sa partie inférieure, noire dans sa partie supérieure. Les lamelles à bord abattu, trouvées en très grand nombre, étaient mêlées à des galets aménagés. Des pétoncles, utilisé comme godets, retenaient des restes de colorant. Des poissons et des mollusques abondaient, témoignant d’étroites relations avec la mer.

18Des divers sites de la région d’Alger, seules les grottes Rassel et Courbet-marine ont fait l’objet de fouilles récentes. La grotte Rassel se situe sur le flanc ouest du Chenoua, non loin de la grotte Roland qui, elle aussi, renfermait un niveau ibéromaurusien. A Rassel, après l’effondrement de la voûte, de nombreux blocs ont oblitéré les dépôts archéologiques et fortement détérioré des restes humains. Homogènes, ces dépôts sont essentiellement constitués de pièces lithiques à la facture négligée. Les nucléus, usés à l’extrême, soulignent une faible disponibilité de la matière première, un silex noir qui se rencontre dans les oueds du voisinage. Les lamelles à dos qui forment la masse du matériel offrent une grande variété avec suprématie des dos partiels, plutôt arqués dans la partie inférieure du site, rectilignes dans sa partie supérieure. Quelques outils sont ocrés. À cet outillage taillé s’ajoutent quelques outils en os, des galets et des coquillages perforés ayant servi d’objets de parure, des colorants, ocre rouge, jaune, galène. Un grand pétoncle évoque une coupelle à fard.

19C’est peut-être la corniche jijellienne qui conserve les sites les plus importants dans les abris sous roche de Tamar-Hat, Afalou bou Rhummel et Taza. Ce dernier, détruit en grande partie par la construction de la route, sert depuis quelques années d’école de fouilles préhistoriques à l’Institut d’archéologie de l’université d’Alger, sous la conduite de A. Derradji et M. Medig. Il en fut retiré une tête humaine offrant d’intéressantes déformations actuellement en cours d’études. Creusé dans les calcaires dolomitiques, 2 km à l’est de l’oued Agrioun, l’abri de Tamar Hat, profond d’une dizaine de mètres, à peu près aussi haut, s’ouvre vers la mer en dominant d’une quinzaine de mètres l’étroite plaine côtière du Melbou. À la base du talus d’avant-grotte, se trouvent 7 m d’argile renfermant quelques restes d’ours et d’éléphants. Au-dessus, reposent 5 m de sédiments argilo-cendreux à cailloutis. Ils renferment l’outillage des hommes préhistoriques, des coquilles et des os, rejets de leur nourriture. Les outils, taillés sur place, comportent nombre de lamelles dont un bord a été partiellement abattu afin de réduire la largeur de la base. Ce dos est toujours dextre alors que, lorsqu’il est totalement abattu, une position senestre prédomine. Cela révèle sans aucun doute des utilisations différentes. Deux boules percées sont probablement des bâtons à fouir. Mais ce qui frappe le plus, c’est l’abondance du mouflon. Elle a conduit E.C. Saxon à envisager des rapports très étroits entre cet animal et les hommes, prémices à une domestication. Tel n’est pas le point de vue de J. Morel qui n’y voit qu’une chasse préférentielle.

20Avec une profondeur de 10 m et une hauteur comparable, l’abri d’Afalou bou Rhummel, qui n’est éloigné de Tamar Hat que de quelques kilomètres, s’ouvre plein nord. Actuellement, il surplombe la route d’une quarantaine de mètres. L’intérieur était occupé par un remplissage archéologique gris sombre d’une dizaine de mètres d’épaisseur, à surface convexe culminant à l’aplomb d’une cheminée qui perfore le plafond de l’abri dans sa partie médiane. Il repose sur une formation rouge argileuse bien visible à l’avant de l’abri où elle atteint de 8 à 10 m d’épaisseur. Vers les parois, des restes alimentaires remplissent des fosses.

  • 8 Il ne peut s’agir de cas particulier car un fragment de figurine comparable a été trouvé à Tamar Ha (...)

21Globalement l’industrie montre des traits identiques sur toute l’épaisseur des dépôts, les niveaux identifiés ne se distinguant que par des détails. De petite taille, l’outillage lithique est riche en lamelles à dos courtes, dont la longueur paraît prédéterminée. Dans la partie la plus récente de l’occupation, le débitage a nettement privilégié un mode particulier qui standardise la longueur des lamelles. Les lamelles à dos renferment une vingtaine de types dont certains étaient jusque-là inconnus dans les industries ibéromaurusiennes et considérés comme typiques du Capsien ; il en est de même de quelques cas de débitage par pression. L’industrie osseuse, dont de nombreuses pièces portent à une extrémité des restes d’articulation, a été durcie au feu. Du matériel de broyage, aménagé dans des galets de nature minéralogique diverse, a été utilisé, dans un second temps, pour débiter des éclats. À la base du niveau moyen qui date de –15 000/ –12 000, furent trouvées des figurines en terre cuite représentant des têtes d’animaux à cornes interprétés comme des capridés8 . Une autre singularité de la couche, est un cubitus d’enfant raclé et durci au feu. La faune a livré des restes de bovin Bos primigenius, de gazelle, sanglier, chacal, renard, porc-épic, macaque, ours ; on y retrouve la même abondance de mouflon qu’à Tamar Hat.

22Courbet-marine est un site de plein air, retrouvé sur la plage actuelle de Zemmouri où le sommet des dépôts anthropiques affleurait. Les fouilles montrèrent un niveau de 40 à 50 cm d’épaisseur, noir, sableux, renfermant un outillage abondant à distribution homogène qui reposait sur des gravillons jaune clair. Le matériel se réduit à l’industrie lithique, quelques fragments d’oligiste et d’ocre rouge, quelques menues esquilles osseuses inidentifiables, ce qui ne peut surprendre dans un site ne bénéficiant d’aucune protection. Les lamelles, en nombre écrasant, sont très souvent fragmentées ; il s’agit toujours de cassures anciennes et la fréquence de ces pièces augmente à mesure qu’on se rapproche du début de l’occupation. Du gros matériel de broyage, des galets qui ont pu être utilisés comme enclume s’ajoutent à cet outillage.

23Rachgoun mérite une mention particulière malgré le peu d’outils qui y fut trouvé. Là, un outillage volumineux fait de galets aménagés, de vastes éclats portant des retouches ou des coches, qui accompagnait quelques outils microlithiques et de nombreuses pierres, a renouvelé la vision que l’on avait du sac à outils ibéromaurusien en concédant à celui-ci l’usage de gros matériel. On y découvrit des restes humains de type protoméditerranéen et non Mechta-Afalou, seul cas connu d’une présence autre que celle d’un homme de Mechta dans un site ibéromaurusien.

24Plus à l’intérieur des terres, dans la région de Tiaret, Columnata offre une très belle stratigraphie où, sur une surface de 30 x 25 m et une épaisseur de 2 m, se succèdent, en se superposant partiellement, des occupations procédant de quatre cultures, dont la plus ancienne est ibéromaurusienne. Cette dernière est truffée de pierres, fragments de grès de dimensions variables allant de 20 à 4 cm, sans agencement particulier. C. Brahimi a discerné une occupation faible ou discontinue y précédant une occupation durable. Comme à Courbet-marine, les lamelles à dos sont souvent fragmentées. Des pièces émoussées, d’aspect divers, présentent sur le tranchant des stries perpendiculaires au fil qui supposent une action de raclage. Le matériel osseux est banal, peu abondant, souvent brisé et porte des traces d’utilisation dont un émoussé. On trouve aussi de l’œuf d’autruche, qui n’est jamais gravé.

25El Haouita, dans la région de Laghouat, a donné son nom à une formation géologique ponctuelle, un remblaiement sableux qui empâte la cluse et dont P. Estorges identifia les particularités et la signification. Un niveau épais de 20 à 60 cm est matérialisé par des pierres taillées peu denses et des plages de minuscules charbons. Inclus à 40 cm du sommet, il était coiffé d’une dalle gréseuse. Les fouilles ont mis en évidence des lentilles d’occupation humaine centrées sur des foyers. Seuls les objets en pierre, avec une forte majorité de lamelles à dos, ont été retrouvés. La position du gisement implique qu’il ait été édifié lors d’une importante phase aride qui a mis en place le dépôt sableux dont le sommet date des XIIIe-Xemillénaires. Une humidité locale, fiée à une source de débit insuffisant pour assurer des écoulements constants, a joué comme piège à sable. Ce type de dépôt est devenu une clé pour la compréhension de l’évolution du paysage saharien car il permet d’y identifier les anciennes émergences d’eau.

26On trouve souvent des sites comparables dans ces formations sableuses. Dans l’oued Bou Saada empâté en amont de l’oasis par un remblaiement complexe, diverses occupations ibéromaurusiennes ont été rencontrées. En rive droite, le site Es Sayar affleure à 1 m de la surface. Une mince couche archéologique, datée autour de — 11 000, fouillée par A. Amara, a montré un outillage dominé par les lamelles à dos, riche en microburins qui paraissent liés à la fabrication de lamelles à dos arqué. Il comporte quelques pièces appartenant à des types traditionnellement attribués au Capsien. Non loin d’Es Sayar, El Onçor affleure au sommet de ce même remblaiement. Les fouilles menées par A.E.K. Heddouche montrent un dépôt anthropique qui se prolonge sous une dalle calcaro-gréseuse. Il a été daté autour de — 8 000. À l’outillage lithique se mêlent quelques fragments d’os, une grande quantité d’œuf d’autruche sans le moindre décor, des pierres brûlées dont certaines formaient un foyer en cuvette de 50 cm de diamètre. Comme à Es Sayar, la masse des outils est constituée de lamelles à dos arqué.

  • 9 Cf. p. 110

27Un peu plus récent encore est le niveau ibéromaurusien d’El Hamel, à 14 km au sud-ouest de Bou Saada. Daté vers — 7 500, il pourrait être une des manifestations les plus tardives de l’Ibéromaurusien, peut-être contemporaine des premières expressions de culture capsienne. Les fouilles menées par J. Tixier ont montré une stratigraphie des plus importantes, avec à la base un niveau ibéromaurusien. Il était surmonté d’une couche rapportée à l’Élassolithique9 par C. Roubet, puis d’un niveau néolithique. Une lentille incluse dans une formation sableuse, 1,5 m au-dessous du niveau ibéromaurusien, renfermait quelques silex lamellaires dont le trop petit nombre ne permet pas d’apprécier l’appartenance culturelle. Le niveau ibéromaurusien comportait de nombreuses taches d’ocre, quelques pierres de foyer et des charbons. Les lamelles à dos prédominaient. L’os était abondant, mais très fragmenté et très altéré, ce qui n’a guère permis d’identification. Aucun fragment d’œuf d’autruche n’y a été trouvé.

  • 10 Cf. p. 57

28Dans la région d’Annaba, les hommes qui s’étaient installés au milieu des dunes10, non loin du rivage actuel, ont disposé d’un sac à outils original. A Demnet el Hassan, leurs outils apparaissent dans les ravinements ou lors des labours, associés à un cailloutis très émoussé sortant des sables. À l’outillage microlithique traditionnel des Ibéromaurusiens s’ajoutent des pièces de technique Levallois qui peuvent être de très petites dimensions, de nombreuses pierres de jet de la taille d’une noix à une noisette, façonnées par épannelage ; les racloirs sont {dus fréquents qu’à l’habitude dans les industries ibéromaurusiennes. À Aïn Khiar, où l’on trouve la même association outils microlithiques/outils Levallois, le matériel Levallois a été débité sur place à partir de petits nucléus dont les dimensions résiduelles se situent entre 24 et 14 mm. La coïncidence systématique entre les surfaces supportant les objets microlithiques et ceux issus d’un débitage Levallois, la répétitivité de cette association rencontrée dans plus de quarante stations ne permettent guère de croire à la superposition de plusieurs habitats. Dans le contexte des connaissances actuelles, on y voit plus volontiers une industrie évolutive que le mélange de deux ensembles industriels, l’un atérien, l’autre ibéromaurusien. C’est ce que confortent les récents travaux menés à Sidi Saïd. À la Pointe Noire près d’El Kala, les dates du sommet des dunes qui supportent un tel gisement, – 22 000, – 20 000, à Chetaïbi, environ – 24 000, conformes à celles de Sidi Saïd, renforcent cette proposition.

29Ainsi, la rupture technologique que l’on lisait entre le sac à outils atérien et celui des Ibéromaurusiens qui lui succède, la rupture chronologique que l’on supposait, disparaissent. L’évolution de l’outillage qui se met en place doit traduire d’importantes modifications du mode de vie qu’il y a tout lieu de rattacher à un changement climatique, l’aridification engendrée par la glaciation de Würm IV.

D’autres cultures au Paléolithique final ?

30C’est la question que posent divers sites de la région des chotts, bien connus dans le Sud tunisien, où ils ont été retrouvés auprès de sources. Ils sont datés entre – 18 000 et – 15 000. L’abondance des lamelles à dos, qui représentent 80 à 90 % des outils, les range dans le monde ibéromaurusien mais divers détails les divisent en deux groupes. L’un, qui se développe vers le nord, offre des traits totalement identiques à ceux de l’Ibéromaurusien alors que l’autre, qui se développe vers le sud, en diffère quelque peu par l’aspect des lamelles à dos, dont le dos n’est plus arqué, mais rectiligne, qui sont longues, et parmi lesquelles interviennent des types inconnus dans l’Ibéromaurusien. Cela pose, entre autres problèmes, celui des relations de ces deux faciès et du devenir du faciès méridional qui a pu se déployer sur le nord du Sahara septentrional lorsque l’aridité de la période glaciaire, qui le confinait près des sources subsistantes, a pris fin.

Notes

8 Il ne peut s’agir de cas particulier car un fragment de figurine comparable a été trouvé à Tamar Hat dans un niveau du XXe millénaire.

 

6. Hommes de Mechta el-Arbi et hommes protoméditerranéens

p. 103-125

Source: TEXTE NOTESILLUSTRATIONS

TEXTE INTÉGRAL

1Une prolifération de sites qui portent le nom d’escargotières fait de l’Algérie nord-orientale une région ayant connu un peuplement dense entre les VIIIe et IVe millénaires. En 1949, un squelette découvert dans la région de Tébessa, à Aïn Dokkara, parut fournir une explication en laissant supposer l’extinction du peuplement local et un repeuplement par des populations venant de l’Est. Il ne s’agissait que d’une hypothèse, mais elle allait peser longtemps et lourdement sur la compréhension du peuplement du Maghreb.

  • 14 Le terme fut créé alors par ces auteurs pour nommer une industrie identifiée en Tunisie, à Gafsa. L (...)

2En 1909, R. Capitan, J. de Morgan et P. Boudy faisaient connaître l’une des cultures les plus populaires d’Afrique, le Capsien14 . C’est aussi l’une des mieux connues car ses témoins, peu enfouis dans le sol et très nombreux, sont aisément accessibles. Du fait qu’ils appartiennent à deux types, les restes humains qui furent retirés de ces gisements ne sont pas sans poser quelques problèmes ; les uns, qui proviennent de niveaux profonds, sont des hommes de Mechta el-Arbi, les autres sont qualifiés de proto-méditerranéens en raison de caractères identiques à ceux des hommes actuels. On a pu se demander un temps si ces protoméditerranéens provenaient bien d’une période ancienne et l’on raconte même à ce propos qu’au début du XXe siècle un magistrat de la région de Tébessa se trouvait des plus embarrassé par une tête humaine qui lui avait été apportée et qu’il cherchait en vain à identifier. Il fallut, pour mettre un terme à une enquête sans aucun doute vouée à l’échec, que M. Reygasse, passant par là, fasse remarquer l’état de fossilisation des os et suppose que la tête provenait d’un gisement préhistorique, ce qui fut confirmé quand l’auteur de la découverte le conduisit sur les lieux où elle avait été faite. Ce n’est pourtant qu’en 1949, avec la découverte d’une inhumation dans le gisement de l’Aïn Dokkara, que fut définitivement admise la présence d’un type humain méditerranéen aux temps préhistoriques.

3Aux VIe et Ve millénaires, cet homme « protoméditerranéen » aurait occupé la Tunisie et le Constantinois. De la même époque, seuls des restes attribués à l’homme de Mechta el-Arbi ont été retrouvés dans les régions de Tiaret et d’Oran. Cependant l’homme de Mechta el-Arbi de cette époque n’est pas en tous points semblable à son ancêtre. Il s’est modifié ; il est plus gracile, ses orbites sont moins surbaissées, ses os plus minces, les crêtes musculaires se sont atténuées. Les tailles appréciées d’après les os longs indiquent une grande hétérogénéité, certains individus sont grands, mesurant jusqu’à 1,78 m, d’autres d’une taille nettement inférieure à la moyenne.

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28. Têtes osseuses de l’homme protoméditerranéen (Aïn Dokkara) (en haut) et Mechta el-Arbi (Afalou bou Rhummel) (en bas). Les différences dans la forme de la tête et position des orbites sont particulièrement nettes.

4Cette contemporanéité est à l’origine d’une hypothèse qui voit dans le Capsien une culture étrangère pouvant trouver ses racines en Syrie-Palestine où l’on connaît alors une population de type méditerranéen. Ces envahisseurs auraient chassé les hommes de Mechta vers l’Ouest, les obligeant même à franchir la mer et à se réfugier aux Canaries où ils ont été identifiés lors de l’arrivée des Espagnols.

5Une telle proposition, émise alors que l’on croyait le Capsien contemporain de l’Ibéromaurusien, se heurte aujourd’hui à diverses données qui ne permettent plus de comparer ces deux cultures de la même manière. Plus récent que l’Ibéromaurusien qui s’estompe vers le XIe millénaire, et dont seuls quelques éléments tardifs subsistent jusqu’au VIIIe millénaire, le Capsien ne lui succède pas immédiatement ; des cultures autres font suite à l’Ibéromaurusien dont elles conservent divers traits, diverses techniques. Au fur et à mesure d’une meilleure connaissance, les différences dans l’outillage, qui paraissaient fondamentales voici encore peu de temps, s’estompent. Ainsi les niveaux supérieurs d’Afalou bou Rhummel ont récemment fourni quelques outils inhabituels dans un gisement ibéromaurusien mais fréquents dans les gisements capsiens et qui sont trop anciens pour laisser supposer une influence. L’art n’est pas exclu du monde ibéromaurusien comme on avait pu le croire. Par ailleurs, admettre une invasion capsienne revient à considérer que l’envahisseur adopte les pratiques culturelles de ceux qu’il envahit car, curieusement, non seulement les Capsiens perpétuent la tradition ibéromaurusienne de l’avulsion des incisives supérieures, mais ils l’amplifient en l’étendant aux incisives inférieures.

6Même si l’on admet l’hypothèse d’une invasion, il est difficile d’admettre qu’elle puisse s’accompagner d’un renouvellement complet de la population ; le substrat reste ce probable descendant de l'Atlanthrope qu’est l’homme de Mechta el-Arbi, d’autant que l’on trouve encore certains de ses traits dans les populations actuelles du nord de l’Afrique. Quant aux protoméditerranéens, leurs restes, malgré leur petit nombre, témoignent d’une variabilité qui pourrait indiquer, tout comme celle de l’homme de Mechta el-Arbi, une population instable, caractère généralement lié à un groupe évolutif. Curieusement, cette coexistence rappelle une situation du Paléolithique supérieur au nord de la Méditerranée, avec les hommes de Cro-Magnon, de faciès semblable à celui des hommes de Mechta el-Arbi, et les hommes de Combe Capelle aux traits identiques à ceux des populations actuelles.

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29. L’allongement des visages au nez aquilin bien marqué chez ces personnages Tefedest (page précédente) pourrait s’être schématisé en « tête de chien » comme sur ces figures du Tassili n Ajjer (ci-dessus).

L’outillage des Capsiens

7Traditionnellement, le Capsien est qualifié d’Épipaléolithique, c’est-à-dire que, après le dernier recul glaciaire qui marque la fin des temps paléolithiques, sa population a un mode de vie paléolithique. Mais son sac à outils s’est modifié. Il est abondamment fourni en outils standardisés faits sur lamelles. Diverses chaînes opératoires ont permis d’obtenir ces produits de débitage aux formes et dimensions semblables, dont une grande partie a servi à la fabrication d’outils composites. Les nucléus d’où on les extrait sont aisément reconnaissables à leur forme pyramidale et à leur pourtour cannelé.

8Les Capsiens ont montré un grand intérêt pour les pièces à coches. Ils ont préféré les microlithes géométriques en forme de triangles et trapèzes aux lamelles à dos. Quand ils utilisent celles-ci, ils recherchent des formes rectilignes, une retouche de l’extrémité, et non plus la forme arquée ou les retouches de la base familières aux Ibéromaurusiens.

  • 15 On sait aujourd’hui que l’Aurignacien est bien plus ancien.

9Jusqu’en 1931, on ne connaissait guère du Capsien qu’un outillage volumineux fait de préférence sur lame où prédomine la retouche abrupte. Reprenant l’étude des gisements tunisiens, sur les conseils de E. G. Gobert, R.Vaufrey introduisit alors l’usage d’un tamis à mailles fines pour recueillir les objets contenus dans les couches archéologiques. Cette technique devait lui permettre d’identifier les petits objets, microlithes géométriques et microburins, jusqu’alors passés à peu près inaperçus. Cet outillage microlithique l’amena non seulement à subdiviser le Capsien, mais à l’isoler définitivement de l’Aurignacien européen qui avait été vu comme son prolongement par plusieurs auteurs15. En 1933, il distinguait deux phases, un Capsien typique et un Capsien supérieur, lequel doit son nom à sa position au-dessus du Capsien typique dans le gisement du Relilaï non loin de Tébessa. Si, de ce fait, le Capsien supérieur a longtemps été considéré comme succédant au Capsien typique, actuellement l’ensemble des dates connues souligne la contemporanéité de ces deux faciès.

10L’industrie du Capsien typique possède de grandes lames à dos, souvent arquées, dont une des formes, le couteau de Guentis, prend valeur de fossile directeur ; il s’agit d’une large lame dont le bord abattu est très brusquement et fortement arqué dans sa partie distale. Des coches engendrent de grosses lames étranglées qui sont, elles aussi, caractéristiques. Les lamelles à dos sont acérées, rectilignes. Les microlithes géométriques ne connaissent que des formes de segment ou de triangle ; les trapèzes sont exceptionnels. L’industrie osseuse est pauvre.

  • 16 Tel est le cas des pièces dites pointes du Chacal, d’Aïoun Berriche, d’Aïn Keda.

11Le Capsien supérieur est le plus souvent défini par rapport au Capsien typique. Il en conserve l’aspect déchiqueté que lui confèrent les pièces à coches. Mais il ne possède plus de gros outillage, en particulier de lames à dos. L’essentiel des outils est fait de lamelles et de microlithes géométriques qui, à l’inverse de ce que l’on trouve dans le Capsien typique, sont essentiellement des trapèzes. L’industrie lithique est aussi marquée par la présence de certains outils sur lamelle qui sont vus comme de véritables fossiles directeurs16. Alors que le Capsien typique ne livre guère d’industrie osseuse, elle est fréquente et variée dans le Capsien supérieur et le réemploi d’ossements humains est un de ses traits les plus marquants.

De l’Ibéromaurusien au Capsien

12Plusieurs gisements montrent, antérieurement au Capsien, une occupation humaine dont le sac à outils offre une étonnante singularité. Une partie est de très petite dimension, atteignant difficilement le centimètre, parfois même, ultramicrolithique, ne mesurant que quelques millimètres. J. Tixier a pu mettre une vingtaine de ces outils dans un dé à coudre ! Ce nanisme, qui affecte essentiellement des lamelles à bord abattu, des segments et des microburins, a reçu le nom d’élassolithisme.

13Cette particularité est connue dans le Constantinois, dans les régions de Tiaret et Oran, ainsi que dans certaines cluses de l’Atlas saharien et dans le Souf. C’est une vaste répartition qui n’est pas propre au nord de l’Afrique, un nanisme des outils se retrouve en Europe à cette même époque.

  • 17 Cf. p. 74.

14Une telle singularité a d’abord été identifiée non loin de Tiaret, à Columnata, où la culture qui la porte a été dénommée « Columnatien ». Le niveau affecté par le nanisme fait suite à l’occupation ibéromaurusienne et précède l’occupation capsienne dont elle est séparée par une couche d’éboulis. P. Cadenat propose de le situer entre — 6 200 et — 5 300. On y retrouve divers traits proches de l’Ibéromaurusien dont de nombreux segments, de nombreux tranchets en os. La miniaturisation affecte non seulement les lamelles à dos, les microlithes géométriques avec des microsegments très allongés, les microburins, mais aussi les burins. Des restes humains montrent que ce faciès est ici l’œuvre d’hommes de Mechta el-Arbi graciles. Le gisement du Cubitus, dans la même région, offre les mêmes caractéristiques. Des traits comparables se retrouvent à El Hamel dans un niveau postérieur au niveau ibéromaurusien17. L’outillage y est de facture plus soignée que celui des Ibéromaurusiens, avec un microlithisme qui s’applique tout particulièrement aux microburins ; certains sont liés à la fabrication des dos arqués ainsi que le prouve une lamelle qui a pu être rattachée à l’un d’eux.

15À Koudiat Kifène Lahda, dans la région d’Aïn M’Lila, c’est sous un niveau capsien, lui-même surmontant un pavage aux pierres mal jointes, que C. Roubet a reconnu cette même originalité dans une couche datée autour de — 6 500. Le nanisme touche les lamelles à dos, ici aux formes arquées ; mais, ainsi que le fait remarquer cet auteur, c’est avec les microlithes géométriques qu’il prend tout son sens en affectant 87 % d’entre eux. Les microburins qui constituent près du tiers des outils, sont de petite — voire très petite — taille, 12 à 4 mm. Le matériel osseux est rare, limité à quelques fragments de poinçons. De l’ocre jaune et rouge, quelques restes de faune (gazelle, lézard, œuf d’autruche, barbeau) sont à peu près les seuls autres objets provenant de ce niveau.

16Peut-être peut-on rapprocher de ces sites ceux de la région d’El Oued qui ont permis à J. Bobo de parler d’un « faciès d’El Oued ». Les gisements, pris dans des bancs de sable ou de sédiments calcarogypseux, se perdent sous les dunes actuelles. L’ultramicrolithisme touche essentiellement les triangles. L’œuf d’autruche abonde, il est parfois gravé. On peut y trouver de l’ocre, des coquilles ainsi que des meules et molettes.

17Non loin d’Oran, le gisement de Bou Aïchem, dit aussi Crique des Pêcheurs, présente ce même ultramicrolithisme qui affecte beaucoup de pièces. Mais les grattoirs, qui sont particulièrement nombreux, évoquent un autre faciès, le Kérémien. F.E. Roubet retient ce double aspect et individualise un faciès qu’il nomme « Kristellien ». G. Camps privilégie les grattoirs et n’y voit qu’un aspect particulier du « Kérémien », rappelant que, à Kef el Kerem, les fouilles sont anciennes et, du fait des techniques employées alors, n’ont peut-être pas permis de distinguer un outillage minuscule.

18Le Kérémien se caractérise essentiellement par l’importance des grattoirs qui peuvent constituer la moitié des outils. Le gisement éponyme, Kef el Kerem, dans la région de Tiaret, fut longtemps assimilé à l’Ibéromaurusien malgré une importance bien moindre des lamelles à dos, et bien plus grande des grattoirs. Puis la découverte d’autres sites dans cette même région conduisit à individualiser le faciès.

19Un gisement qui rappelle Bou Aïchem est Zaccar I. Dans ce gisement inclus au sommet de l’imposant remblaiement sableux qui obture la vallée de l’oued Bou Saada, on retrouve une prolifération de grattoirs et de microburins, lesquels sont miniaturisés. En fouillant la couche cendreuse noirâtre avec os, pierres taillées qui affleure sur une épaisseur de 0,30 m, N. Ferhat a reconnu une distribution particulière de l’outillage avec une forte densité de grattoirs dans un secteur, de microburins dans un autre alors que tous les autres outils offrent une distribution homogène.

Capsien typique et Capsien supérieur

20Développé du VIIIe au Ve millénaire, le Capsien est, de loin, la culture la plus connue. Il a toujours exercé une certaine fascination sur l’homme actuel, la densité des gisements dans certaines régions (D. Grébénart a pu en reconnaître plus de deux cents dans le secteur Cheria-Telidjene qui paraît l’un des plus denses) et leur aspect ayant particulièrement retenu l’attention. Les études qui le concernent sont nombreuses et l’appellation a pu être étendue jusqu’au Kenya pour une culture dont une analyse récente a montré qu’elle n’avait de similaire que la présence de microlithes géométriques. Au Sahara, l’existence de cultures à outils microlithiques n’est pas affirmée partout. Ces cultures ne sont connues qu’au nord, de la région des chotts à celle d’Ouargla, le Capsien se localisant dans la partie la plus septentrionale. Ailleurs, la question peut être simplement posée, mais non résolue ; aucun site n’a été formellement identifié et seule l’abondance des microlithes géométriques dans certains gisements néolithiques pourrait permettre d’envisager une telle présence antérieure.

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30. Sites ibéromaurusiens, élassolithiques, capsiens et apparentés cités : 1) La Mouillah ; 2) Abri Alain ; 3) Rachgoun ; 4) Columnata ; 5) Kouali ; 6) Rassel, Grotte Roland ; 7) Oued Kerma ; 8) Courbet-marine (Zemmouri) ; 9) Afalou bou Rhummel, Tamar-Hat, Taza ; 10) Aïn Khiar, Kef oum Touiza, Demnet el Hassan, Col des Chacals, La Patelle ; 11) Es Sayar, El Onçor, El Hamel ; 12) El Haouita ; 13) Bou Aïchem ; 14) Kef el Kerem, la Jumenterie, Bois des Pins ; 15) Zaccar I, Dakhlat es Saâdane ; 16) Koudiat Kifène Lahda ; 17) El Oued, Chouchet el Ghourd ; 18) Dra Mta el Ma el Abiod ; 19) Relilaï, El Outed, Kifène, Khanguet el Mouhaad, Aïn Dokkara (escargotière du Chacal), R’fana, Bekkaria, Aïn Khanga, Aïn Misteheyia ; 20) Faid Souar, Site 5, Aïn Kouka ; 21) Bou Nouara, Kef Fenteria, Aïn Turk, Aïn Regada ; 22) Medjez II, Aïn Boucherit ; 23) Mechta el Arbi ; 24) Aïn Keda, Aïn Cherita, Kef Torad, Fontaine Noire, Cubitus ; 25) Rocher des Pigeons ; 26) Aïn Naga ; 27) El Mermouta, Rabah ; 28) El Hassi ; 29) Hassi Mouillah, Les Deux Œufs, El Hamraïa ; 30) El Hadjar.

21Nommés rammadiyats en raison de l’abondance des cendres qu’ils renferment ou escargotières en raison de l’importance des coquilles de Gastéropodes, les gisements capsiens sont également marqués par la présence d’un très grand nombre de pierres ayant la taille d’une orange et qui sont plus ou moins calcinées.

22C’est au Capsien qu’ont été rapportés des traits profonds, rectilignes, plus ou moins parallèles qui marquent les parois de certains abris et qui, avec l’importance accordée à l’ocre, ont eu un rôle déterminant dans l’idée d’une origine capsienne de l’art rupestre. Les premières descriptions de tels traits ont été faites en 1937, à Kifène, par R. Le Du. Ils étaient recouverts partiellement par une couche archéologique qui fut attribuée au Néolithique par cet auteur, et que D. Grébénart croit en partie au moins plus ancienne. Des traits identiques ont été signalés dans plusieurs sites des environs de Bir Seid, dans l’Est algérien, où sont connus plus d’une dizaine d’abris sous roche qui chacun renferme un dépôt d’apparence capsienne.

23L’ocre a été très utilisée par les populations capsiennes, à un point tel que E. G. Gobert érigeait son emploi en rite. Il évoquait l’association sang-rouge-source de vie et insistait sur l’usage que des populations actuelles, Esquimaux et Australiens, en font aujourd’hui. Même sommaire, ce parallélisme a beaucoup participé à l’appréhension emphatique du Capsien. Une analyse systématique des outils capsiens devait permettre à M.-L. Inizan de montrer que cette substance pouvait enduire le bord abattu et qu’il s’agissait souvent d’une préparation contenant du plâtre, ce qui, par l’ajout du gypse à de l’ocre puis chauffage du mélange, implique un véritable savoir-faire.

24Deux éléments, il est vrai des plus rares, ont été généralement négligés dans la recherche d’indices pour reconstituer la culture capsienne. C’est d’une part de menus fragments de poterie, d’autre part la présence d’un débitage Levallois. Le débitage Levallois est formellement attesté à Dra Mta el Ma el Abiod par des nucléus et une vingtaine de pièces résultant de cette technique. Il est signalé à la surface de divers sites de la région de Cheria par D. Grébénart et il est trop fréquent pour être considéré comme le simple réemploi d’un matériel plus ancien. La poterie, quoique extrêmement rare, ne manque cependant pas totalement dans les sites capsiens et il devient de plus en plus difficile de conclure simplement à une intrusion comme il l’a été fait pour le tesson trouvé à Bekkaria non loin d’une inhumation. J. Morel mentionne un fragment à Dra Mta el Ma el Abiod. D. Lubell en a retrouvé de menus éléments à l’Aïn Misteheyia dans une situation indubitable. Un dégraissant, calcaire dans ces deux cas, est en tout point conforme à ce que l’on sait de la poterie qui se trouvera plus tard dans cette région. La question est donc : pourquoi une si grande rareté ? Cette quasi-absence pourrait impliquer un mode de vie différent de celui des populations contemporaines vivant dans le Maghreb occidental et l’on peut se demander si ce mode de vie serait à même d’engendrer une évolution particulière à ces régions.

25Le Capsien typique se développe entre – 7 000 et — 4 700. Jusqu’aux travaux de D. Grébénart, seulement une dizaine de sites avait été retrouvée, il devait en ajouter plus d’une soixantaine pour la seule partie algérienne. Cette contribution est devenue fondamentale pour les connaissances.

26Le Capsien typique est connu sur un petit territoire qui occupe le sud des Nemencha jusqu’au nord des chotts, de part et d’autre de la frontière avec la Tunisie, sur une distance de quelque 200 km. L’Aïn Zannouch, en Tunisie, est actuellement le site le plus oriental qui ait été identifié, celui du col de Kifène le plus occidental. Une extension vers le sud jusqu’à la région des Ouled Djellal est possible, des couteaux de Guentis figurant dans les collections anciennes ; néanmoins les récentes prospections de D. Grébénart n’y ont identifié aucun site qui s’y rapporterait. Le matériel récolté à Merdjouma dans le Tademaït, qui lui fut un temps attribué, ne saurait être capsien : la technique du bord abattu, qui donne leur style aux outils capsiens, n’y existe quasiment pas et aucune trace de Capsien typique n’a été signalée entre le Tademaït et les Ouled Djellal, soit sur une distance de plusieurs centaines de kilomètres.

27Si l’âge du Capsien supérieur est quasiment le même que celui du Capsien typique, son extension territoriale est bien plus vaste. Au nord, elle déborde quelque peu les environs de Constantine, les escargotières d’Aïn Turk et Aïn Regada en marquant l’extrême limite. À l’est, le Capsien se rencontre jusqu’à quelque 150 km au-delà de Gafsa. Vers l’ouest, il est fréquent dans la région de Sétif, se retrouve dans celle de Tiaret, mais sans jalons connus entre les deux. Au Maroc, on a seulement pu parler d’influences capsiennes comme à l’Aïn Fritissa,Telouet et encore sont-elles contestées. Au sud, le gisement le plus méridional appartenant avec certitude au Capsien supérieur est celui d’El Hassi dans la région d’Hassi R’Mel.

28Pour G. Camps, le Capsien supérieur se serait développé en trois phases. La phase ancienne qui serait antérieure au VIe millénaire est pauvre en trapèzes, les lamelles à dos y sont nombreuses, souvent même prépondérantes. Cette phase apparaîtrait sur divers substrats : Capsien typique au centre, industrie dérivée de l’Ibéromaurusien au nord, au sud, son substrat est inconnu. Dans la phase moyenne, le nombre de microlithes géométriques augmente, les pièces à coches deviennent légèrement prépondérantes. Dans la phase récente, les pièces à coches sont les outils les plus courants. Les burins régressent fortement, disparaissant même dans la région de Tébessa.

29À cette évolution, qui se fait de manière semblable sur l’ensemble du territoire capsien, G. Camps a proposé en 1974 d’adjoindre des ensembles régionaux, reconnaissant ainsi cinq grands faciès : tébessien, central, sétifien, tiarétien, méridional.

Les principaux sites capsiens

30Le gisement du Relilaï est sans aucun doute le plus important. C’est un abri sous roche de la région de Tébessa, de 70 m de long, environ 10 m de profondeur, qui abrite un dépôt anthropique de 3 m d’épaisseur. Aux alentours et vers le bas de la paroi où ils étaient recouverts par ce dépôt, on peut voir des « traits capsiens » ; d’autres sillons comparables ont été identifiés sur un bloc de calcaire trouvé dans la fouille et qui a servi de meule.

31C’est dans ce site que R.Vaufrey avait reconnu l’antériorité du Capsien typique sur le Capsien supérieur puisque celui-ci le surmontait. D. Grébénart a montré la disposition originale de ces dépôts. Ceux du Capsien typique qui s’étendent longuement en talus d’avant-grotte ne prennent pas appui contre la roche. Entre elle et eux s’insère le niveau Capsien supérieur qui par ailleurs repose sur le Capsien typique. On a également observé cette absence de contact entre la roche et le dépôt archéologique le plus ancien à Aïn Naga sans pouvoir l’expliquer autrement que par des hypothèses hasardeuses.

32D. Grébénart a montré que le niveau Capsien typique n’était pas homogène et comportait plusieurs phases significatives de son évolution. On y trouve, avec une plus grande fréquence dans les niveaux inférieurs, de nombreux microburins, qui sont de grande dimension et dont certains montrent des traces d’utilisation. Des restes d’ocre s’observent sur de nombreuses lames à dos et divers autres outils. Le matériel de broyage se réduit à quelques pièces qui peuvent être ocrées. La parure se limite à une pendeloque en pierre et à quelques rondelles d’enfilage en test d’œuf d’autruche. Quelques-uns de ces tests sont décorés, toujours de motifs rectilignes ; ils proviennent pour moitié de bords d’orifice. L’industrie osseuse, guère abondante, privilégie les outils perforants.

33Le passage au Capsien supérieur se fait sans coupure stratigraphique. Seule la structure industrielle change brusquement avec une augmentation importante des microlithes géométriques qui sont pour la plupart des trapèzes. Les lamelles attestent l’intervention courante d’un nouveau mode de débitage, par pression. Dans ce niveau, R.Vaufrey a découvert une côte de ruminant présentant une large incision longitudinale permettant d’y insérer des silex et qui a été nommée faucille après une découverte semblable faite à Columnata. Toutefois l’usage de tels objets n’est pas établi formellement. Ont-ils servi à couper des végétaux souples comme le suggère l’appellation ? Sur aucun silex susceptible de s’insérer dans les rainures le lustre caractéristique n’a été décelé.

34Dans le secteur d’El Outed, près d’une vingtaine d’escargotières a été reconnue par D. Grébénart. Celle qu’il fouilla en 1969, d’une épaisseur de 1,10 m, a laissé voir plusieurs niveaux d’occupation qui soulignent les deux aspects du Capsien typique, l’un riche en burins, l’autre pauvre. Comme il est de rigueur dans ces sites capsiens, des restes d’ocre subsistaient sur diverses lames. Il y a peu d’industrie osseuse ou d’éléments de broyage. L’œuf d’autruche est ramené à de rares et menus morceaux dont aucun n’est décoré.

35Les dates, qui s’échelonnent entre — 5 900 et — 4 700, mettent un terme à une controverse. La date de — 5 600, obtenue pour le gisement tunisien de Borthal Faker, avait été jugée trop basse, non conciliable avec les données stratigraphiques faisant valoir l’antériorité du Capsien typique sur le Capsien supérieur ; il fut supposé qu’elle avait été rajeunie par une contamination venant de la roche phosphatée qui constitue les parois de l’abri. En confortant cette date, El Outed implique une vue autre : il existerait bien un Capsien typique récent, contemporain du Capsien supérieur.

36Avec la date de — 7 800 pour la base du niveau inférieur, — 5 500 et – 5 000 pour le sommet, Aïn Misteheyia montre que le Capsien supérieur peut être antérieur au Capsien typique. L’escargotière, signalée par Grébénart en rive droite de l’oued Telidjene, fut fouillée sous la conduite de D. Lubell. Celui-ci en retira deux squelettes humains dont l’un était celui d’un nouveau-né. L’éventail des outils en pierre est vaste et presque tous les types sont présents ; ils ont conduit à différencier deux niveaux par enrichissement en burins. Le matériel autre est rare ; il y a très peu de parure, de tests d’œuf d’autruche, d’outillage osseux. Quelques menus morceaux de poterie proviennent d’une poterie « poussée », technique inhabituelle au nord de l’Afrique.

37Aux Ouled Djellal, le Capsien est bien connu par les gisements de Rabah et El Mermouta, l’un en rive droite, l’autre en rive gauche de l’oued Djedi. Il est daté autour de — 5 350 à Rabah, — 4 300 à El Mermouta. À l’inverse du faciès tébessien, les objets de parure et les manifestations artistiques y sont rares ; il se caractériserait par sa richesse en microburins et microlithes géométriques où les segments peuvent être nombreux.

  • 18 Cf. p. 124.

38Dans les niveaux inférieurs de Rabah, on trouve des nucléus à deux plans de frappe opposés mais non parallèles, toujours inclinés à 60° l’un vers l’autre, qui, à la même époque, sont systématiquement employés plus au sud par les populations mellaliennes18. Les dimensions du débitage se réduisent de la base au sommet tandis que l’outillage devient de plus en plus lamellaire. El Mermouta possède de remarquables et nombreux perçoirs, une importance inhabituelle de lamelles très effilées, aux deux extrémités appointées dont une est arquée, qui sont dénommées « perçoirs de l’Aïn Khanga ». L’œuf d’autruche, très abondant, n’est que rarement transformé en rondelles d’enfilage.

  • 19 Cf. p. 109.

39Près de la palmeraie d’Aïn Naga, une couche archéologique faite d’un sable cendreux gris clair, pauvre en pierres brûlées et coquilles d’hélix, prend appui sur une ligne rocheuse. Comme au Relilaï, mais pour une période plus récente, ce n’est pas la première occupation, ici capsienne, qui s’appuie à la roche, elle en est séparée de près de un mètre par l’occupation suivante, néolithique, qui la surmonte et qui s’infiltre entre elle et la roche. Certains outils comme burins et lames à dos évoquent le Capsien typique. Quelques très petits microburins évoquent l’élassolithisme19. Un certain nombre de pièces, brutes ou transformées en outils, présentent un émoussé sur un bord. Peu de matériel de broyage, peu d’outillage osseux, peu de parure, les indices qui, dans notre esprit, traduisent la richesse d’une société humaine manquent ou ne nous sont pas parvenus.

40On retrouve des caractères très proches au Rocher des Pigeons (= Pk 379) dans un niveau de un mètre d’épaisseur qui s’appuie sur la face orientale d’un énorme rocher gréseux. L’ocre qui est, là, dispersée à tous les niveaux, n’a été retrouvée sur aucun objet.

41Dans la région de Bou Saada, Dakhlat es Saâdane comporte divers abris creusés dans les grès tendres du djebel el Maalleg, qui ont été occupés par les Capsiens. Dans l’un, deux niveaux superposés furent identifiés. Certains auteurs voient du Capsien typique dans le plus ancien, d’autres l’attribuent à une phase ancienne du Capsien supérieur; pour tous, le niveau supérieur se rapporte à une phase évoluée du Capsien supérieur. Comme à Aïn Naga, des lamelles et des éclats bruts, des outils portent un émoussé très localisé et qui, sur la même pièce, peut exister en plusieurs secteurs. De nombreux objets présentent des traces de feu. Un gros outillage en calcaire, à bord déchiqueté, quelques outils en os, des tests d’œuf d’autruche parfois décorés ou à bord biseauté, des fragments d’ocre, de rares objets de broyage étaient mêlés à un matériel lamellaire. Reposant sur le plancher rocheux, se trouvait une inhumation sans tête, en position très contractée, mal conservée, qui appartenait à l’occupation supérieure.

42Les sites d’El Haouita, El Hassi et Chouchet el Ghourd apparaissent actuellement comme les plus méridionaux. Gisement de surface étalé sur le versant caillouteux de la cluse d’El Haouita, avec dans sa partie haute quelques lambeaux cendreux, El Haouita-versant tient son intérêt de l’importance prise par les grattoirs et de certains caractères rares dans le Capsien et traditionnellement attribués à l’Ibéromaurusien, comme la fréquence des lamelles de forme arquée ou des pièces esquillées. Si les microlithes géométriques sont rares, un perçoir de l’Aïn Khanga, des lamelles à dos partiel dont la retouche affecte de préférence la pointe, des nucléus cannelés sont des traits capsiens.

43El Hassi est un de ces gisements préhistoriques très anciennement reconnus au Sahara. Découvert en 1881 par la mission Choisy qui s’avançait dans la région à la recherche d’un itinéraire pour établir une ligne de chemin de fer transsaharienne, il ne fut retrouvé qu’en 1974 par P. Estorges, après avoir fait, en vain, l’objet de recherches systématiques dont celles de H.J. Hugot. L’occupation humaine s’y voit le long d’une trentaine de mètres, affleurant sur une épaisseur de 0,10 à 0,30 m dans l’incision amont de l’oued Sobti, au sud d’Hassi R’Mel. Elle fut datée autour de – 5 500. L’outillage comporte une structure équilibrée sans groupe d’outils prédominant. Les dents des pièces denticulées et des scies sont souvent arrondies, trait identifié dans les gisements niellaliens de la région d’Ouargla. Les microlithes géométriques, essentiellement des triangles, font valoir des dimensions très régulières.

  • 20 Cf. p. 67.

44Chouchet el Ghour se trouve au sud du chott Melrir. Pour J. Bobo qui le découvrit dans les années 1950, il comporterait deux occupations. L’industrie de l’une et l’autre est mal connue et aucun niveau n’est daté. Ce site évoque peut-être une direction de recherches pour appréhender l’évolution des populations de la marge saharienne qui, au XXe millénaire, fréquentaient les points d’eau du Sud tunisien, y abandonnant un outillage lamellaire que divers détails pourraient distinguer de l’Ibéromaurusien20.

45Dans la zone occupée par le Capsien typique, le sac à outils du Capsien supérieur, en particulier dans sa phase ancienne, possède un nombre important de gros outils, de burins. La structure est équilibrée, aucun groupe d’outils ne prédomine fortement. Les manifestations artistiques, gravures sur test d’œuf d’autruche, sur plaquette sont d’une grande richesse. L’industrie osseuse, courante et de belle venue, est elle-même souvent décorée. Cette explosion artistique contraste avec la pauvreté dont témoignent les gisements méridionaux. Mais on ne peut plus voir dans ces plaquettes calcaires gravées où se déchiffrent des oiseaux, des mouflons, des caprins le témoignage d’un art naissant, les datations par le radiocarbone les montrent en effet contemporaines, sinon plus récentes, que l’art des Têtes Rondes.

46L’escargotière de Dra Mta el Ma el Abiod se situe à une trentaine de kilomètres au sud de Tébessa, sur un replat dominant de quelques mètres un lit d’oued. À sa base, un lit de sable de 5 à 20 cm a dû être mis en place par les hommes qui auraient occupé ces lieux vers — 5 300 et qui y seraient restés près de trois cents ans au cours desquels l’industrie lithique évolue discrètement par allégement de l’outillage. Les perçoirs sont d’une qualité exceptionnelle. Les lamelles à dos, qui prédominent, disposent fréquemment d’une retouche qui ne se développe que vers la base, ce qui traditionnellement est vu comme un élément caractéristique de l’Ibéromaurusien. Les nucléus sont souvent cannelés mais quelques pièces, ainsi qu’une vingtaine d’éclats, proviennent d’un débitage Levallois. Un outillage osseux de belle venue, obtenu le plus souvent à partir d’os de gazelle ou d’alcélaphe et dont plusieurs éléments sont ocrés, était réparti à peu près régulièrement dans la fouille. Enfin, sans que l’on puisse préciser s’il est ou non intrusif, un petit fragment de poterie décorée qui aurait renfermé des éléments de coquille comme dégraissant a été trouvé à 0,70 m de profondeur.

47Khanguet el Mouhaad est remarquable par sa richesse artistique. L’escargotière, au confluent de deux petits oueds, à proximité de sources, est un mamelon ovale dont l’épaisseur atteint 5 m au centre. Il fit l’objet de travaux de A. Debruge, d’une fouille importante du Logan Museum, d’interventions de J. Morel qui en a retiré les restes incomplets d’un individu. L’industrie où les scies sont nombreuses paraît homogène sur toute l’épaisseur. Elle est issue d’un silex local de grande qualité. L’outillage osseux comprend des objets perforants mais aussi des lissoirs ; ils proviennent de métapodes d’alcélaphes ou de gazelles et conservent souvent une partie de la surface articulaire. Les restes alimentaires comportent de gros mammifères dont Bos primigenius, Equus mauritanicusqui ne sont représentés que par la tête et les membres. L’œuf d’autruche foisonne. Les tests sont souvent décorés, ils peuvent être transformés en pendeloques avec trou de suspension. J. Morel fait aussi mention de plaquettes provenant du djebel voisin, dont les deux faces peuvent être couvertes d’un quadrillage irrégulier dû à des traits fins, de motifs enchevêtrés figurant des quadrupèdes. L’ocre rouge ou jaune abonde. A. Debruge a retrouvé un humérus humain ocré, aménagé en représentation phallique.

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31. Le gisement du Khanguet el Mouhaad est connu pour son art mobilier. Diverses plaquettes supportent un enchevêtrement de traits dont certains suggèrent des formes animales (d’après Camps-Fabrer 1966).

48Le gisement de l’Aïn Dokkara, dénommé aussi escargotière du Chacal, est célèbre par le squelette humain qui, le premier, montra incontestablement la présence d’un type protoméditerranéen en milieu capsien. Il renfermait des os d’oiseaux aménagés en perles. On y retrouve des pierres gravées. L’œuf d’autruche est utilisé pour façonner des coupelles, des pendeloques. L’occupation du lieu aurait duré autour d’un millier d’années, de — 6 500 à — 5 500.

49Divers autres sites, moins bien connus, sont à mentionner. Aïn Khanga a donné son nom à un outil. Aïn Kouka montre de bas en haut une réduction du nombre de pièces à bord abattu et une augmentation de celui des microlithes géométriques. À l’inverse, R’Fana, malgré une puissance de 1,50 m, témoigne d’une grande stabilité dans son sac à outils. Bekkaria est surtout connu par les restes de neuf individus (dont certains sont rapportés au Néolithique) et des fragments de poterie parfois décorée qui ont posé la question d’intrusions au cours des remaniements causés par les inhumations.

50Plus au nord, la fréquence des lamelles à dos devient plus grande, l’industrie osseuse reste aussi riche, mais l’œuf d’autruche est moins abondant et les pierres gravées rares. C’est le cas non loin du Kroub, à Bou Nouara, à Kef Fenteria au voisinage de gravures, dans un site que R.Vaufrey attribuait au Néolithique. À Faid Souar, une pièce exceptionnelle, un masque taillé dans un crâne humain a été découvert par G. Laplace. Au Site 5, gisement identifié par le Logan Museum dans le Tarf, les microlithes géométriques paraissent peu nombreux et l’outillage osseux pauvre.

  • 21 Cf. aussi p. 110.

51À Koudiat Kifène Lahda21, au-dessus du dallage qui coiffe le niveau élassolithique, C. Roubet a reconnu un niveau capsien supérieur qui occupe une grande partie de l’épaisseur de la couche archéologique. Un microlithisme marque encore près du dixième des lamelles à dos et le tiers des segments. Diverses pièces évoquent les unes un Capsien évolué, les autres l’ibéromaurusien, alors qu’une lame à dos, véritable couteau, au bord abattu arqué enduit d’ocre, rappelle le Capsien typique. Le matériel de broyage, l’outillage osseux sont rares. La parure se réduit à de l’ocre et à quelques rondelles d’enfilage.

52Au contact du territoire occupé antérieurement par les Ibéromaurusiens le long du littoral, le faciès sétifien se caractérise par des pièces à coches nettement prédominantes - prédominance qui ne fait que s’accentuer au cours du temps —, et par la présence d’un trapèze allongé à petit côté concave qui paraît caractéristique. Ce faciès est connu dans de très nombreux sites ; certains, comme Medjez II, ont permis de suivre son évolution.

53Medjez II est un gisement de la région d’El Eulma dont G. Camps fait le gisement princeps du « Sétifien ». Long de 100 m, large de 40 m, il apparaît dans le paysage comme un véritable tell. Les fouilles de H. Camps-Fabrer ont montré une épaisseur de dépôts atteignant 3,65 m, sans la moindre discontinuité. L’industrie renferme, auprès des petits outils habituels au Capsien, un gros outillage de galets aménagés en calcaire, un outillage osseux important et de belle qualité qui montre une grande variété d’objets, du matériel de broyage, de nombreux objets de parure, perles en os, pendeloques en pierre, rondelles d’enfilage, coquillages, dents perforées. Des os gravés, des pierres-figures ou des pierres gravées — le plus souvent d’un quadrillage —, de l’ocre soulignent le goût du décor. Des ossements humains ont été réutilisés ; la pièce maîtresse est un fragment d’occipital scié et poli. Le gisement s’est montré criblé d’inhumations, ce qui a permis de retirer les restes de quinze individus dont sept nouveau-nés et un enfant. Entre – 6 800 et – 4 500, H. Camps-Fabrer a reconnu quatre phases dans l’industrie. La phase la plus récente, qui est la mieux représentée dans la région, est marquée par la prédominance des denticulés très souvent portés par des lamelles.

54Deux escargotières, Aïn Boucherit I et II, sont connues près du gisement de galets aménagés de l’Aïn Hanech. La première, signalée par C. Arambourg en 1931, a fait l’objet de divers travaux dont une fouille en 1965. L’industrie lithique, la seule retrouvée, souligne l’importance des lamelles à coches et des lamelles à dos. Elle dispose du même gros outillage en calcaire que Medjez II.

55Près de Chelghoum el Aïd, le gisement de Mechta el-Arbi fut identifié en 1907 par G. Mercier. Il a livré une industrie riche en lamelles à dos et pièces à coches. L’outillage osseux, abondant, paraît d’une qualité exceptionnelle, il est parfois décoré de stries subparallèles mais aucun test d’autruche n’est gravé. Le gisement est surtout célèbre par la découverte des restes humains provenant d’une trentaine d’individus, protoméditerranéens et mechtoïdes, dont la tête osseuse mise au jour en 1912 par A. Debruge, étudiée par L. Bertholon, qui a donné son nom au type humain cro-magnien d’Afrique du Nord.

  • 22 Cf. p. 109

56Le Capsien a aussi été rencontré dans plusieurs sites de la région de Tiaret. À Columnata, un niveau daté autour de — 4 500 est superposé au niveau columnatien22 et en est séparé par une couche stérile d’éboulis. Il est lui-même surmonté d’une nouvelle couche stérile. Dans le sac à outils les coches et denticulés dominent fortement et il est riche en microlithes géométriques qui sont en majorité des trapèzes. La pointe de Columnata, un petit outil qui caractérise le Capsien supérieur de cette région, y a été définie. C’est une pièce triangulaire dont la base présente des retouches bifaciales et qui est appointée par une retouche abrupte sur un bord. Les outils en os sont abondants, parfois incisés de traits courts, décor qui se retrouve sur des coquilles. Diverses pièces remarquables ont été retrouvées : trois faucilles dont une entière ainsi que des ossements humains réaménagés.

57L’abri sous roche d’Aïn Keda est célèbre pour avoir fourni un grand nombre de fines lamelles à dos rectiligne dont le tranchant est repris par retouche inverse et qui ont reçu son nom. Ces lamelles appartiennent au lot d’objets caractéristiques du Capsien supérieur. Ici, les microlithes géométriques accordent la préférence aux segments. L’outillage en os abonde, il est de belle facture et peut être orné tel un grand poinçon portant des traits transversaux parallèles. Un fragment creusé d’une rainure est rapporté à une faucille. La parure se limite à quelques perles en test d’œuf d’autruche, une pendeloque en pierre, de l’ocre. Des restes humains de type mechtoïde, très mal conservés, ossements brisés et mêlés, ont fait songer à des inhumations secondaires. Divers autres sites ayant les mêmes caractères sont connus dans la région, Aïn Cherita d’où proviennent quelques restes humains en mauvais état appartenant à plusieurs individus, Kef Torad, Fontaine Noire, ce dernier se distinguant par la rareté des microlithes géométriques, des microburins et la quasi-absence des pièces considérées comme caractéristiques de ce faciès.

Une culture saharienne : le Mellalien

58L’Épipaléolithique saharien n’est bien connu que dans la région d’Ouargla, bien qu’il se soit aussi développé dans celle de Touggourt et El Oued. La dénomination Mellalien proposée par G. Camps a pris le pas sur celle de Ouarglien donnée par G. Trécolle à une culture lamellaire qui s’épanouit entre — 6 600 et – 5 000. Trois sites, Hassi Mouillah, Les Deux Œufs, El Hadjar, la montrent sous-jacente au Néolithique et séparée de celui-ci par une sédimentation de phase aride. Certains caractères, telle l’importance du groupe lamelles à dos, évoquent l’Ibéromaurusien. D’autres, comme la présence de certains outils et surtout le développement des décors sur œuf d’autruche, rappellent le Capsien ; mais le Mellalien ne possède ni les mêmes formes de nucléus, ni ce caractère essentiel de la culture capsienne qu’est la fréquence des microlithes géométriques, ici quasi absents.

  • 23 Cf. p. 117.

59Le débitage, lamellaire, est caractéristique. Il a été effectué à partir de petits nucléus bipolaires dont les plans de frappe s’inclinent l’un vers l’autre à 60°, type qui se retrouve au nord dans certains gisements des Ouled Djellal23. L’outillage est dominé par les lamelles à dos qui sont de préférence rectilignes, à extrémité aiguë. Les pièces à coches, où figurent des scies aux dents souvent arrondies, sont fréquentes. Des grattoirs, des burins ont des formes caractéristiques. Les burins peuvent être abondants, constituant jusqu’au tiers des outils dans certains sites. Avec des microburins nombreux, on retrouve un trait des sacs à outils qui, plus au nord, précèdent ceux des populations capsiennes. Ici aussi, on ignore les raisons de cette fréquence car il n’y a guère de pièces qu’ils auraient servi à façonner. Le matériel de broyage n’est fréquent que dans certains sites. L’œuf d’autruche abonde et il est souvent décoré.

60À El Hadjar, au sud d’Ouargla, les restes d’un habitat qui fut daté autour de — 5 500 apparaissent à la base d’une butte sableuse coiffée par un gisement néolithique. La couche anthropique, épaisse de 0,20 à 0,30 m, a livré des foyers empierrés, irrégulièrement espacés et deux dépôts d’œuf d’autruche, l’un de quatre, l’autre de deux œufs. Parmi les outils se distingue une forme de denticulé et de scie à profil « en vague » dû à une succession de retouches qui affectent alternativement une face puis l’autre. L’œuf d’autruche ne montre qu’un décor simple de traits parallèles, de losanges, qui entoure le plus souvent l’orifice.

61Situé à l’ouest d’Ouargla, en bordure de la sebkha Mellala, Hassi Mouillait forme une petite butte dont la base comporte une couche grise continue, horizontale, à base ondulée, épaisse de 0,40 m. Environ 0,60 m au-dessous, se trouve un autre niveau, discontinu, qui a livré une industrie comparable, et, au-dessus, séparé par 1,10 à 1,20 m de sable éolien stérile, un niveau néolithique. L’industrie mellalienne a été datée des environs de — 6 000. Comparable à celle d’El Hadjar, elle s’en distingue toutefois par l’abondance du matériel de broyage et la richesse du décor de l’œuf d’autruche.

62Divers autres sites de cette région ont montré une industrie identique ; à l’inverse d’Hassi Mouillah ou El Hadjar, la plupart d’entre eux n’occupent que de petites surfaces qui ne dépassent guère 30 m2 et il semble que chacun ait développé une forme privilégiée de lamelle à dos qui y est fortement prédominante, évoquant ainsi une spécialisation.

NOTES

14 Le terme fut créé alors par ces auteurs pour nommer une industrie identifiée en Tunisie, à Gafsa. La même année, P. Pallary proposait l’appellation « Gétulien » pour désigner ce même ensemble, terme qui ne fut guère utilisé et qui est tombé en désuétude.

15 On sait aujourd’hui que l’Aurignacien est bien plus ancien.

16 Tel est le cas des pièces dites pointes du Chacal, d’Aïoun Berriche, d’Aïn Keda.

17 Cf. p. 74.

18 Cf. p. 124.

19 Cf. p. 109.

20 Cf. p. 67.

21 Cf. aussi p. 110.

22 Cf. p. 109

23 Cf. p. 117.

Les principaux sites

Tafoghalt (Maroc), Grotte des Pigeons

Afalou Bou Rhummel (Algérie)

Columnata (Algérie)

Kef Oum Touiza et Demnet Elhassan (Algérie)

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